Le mois de novembre. Tout est roux et gris, finalement. Les flaques d’eau craquent sous les bottes. Le coup de grisou a été plutôt tardif, cette année. Il y a quelques semaines, les usagers du taxibus ne pouvaient même pas encore se plaindre de la température. Mais bon, toute bonne chose à une fin, comme qui disent.
- Pas chaud, à matin, hen?
- Oh non monsieur, mais vous savez, faudra bien s’y faire, à la température du Québec, un jour ou l’autre.
- Ouin, vraiment pas chaud.
En plus des conversations sur la température, des pubs de Naël avant le temps à la radio (dès le lendemain de l’Halloween, n’oubliez pas de consommer avec excès en vous plaignant de votre compte en banque déjà presque vide!) : des conversations-monologues, unidirectionnelles, sans aucun rebond sur ce que l’interlocuteur sur la banquette d’en arrière peut dire. Je ne vous ferai pas un schéma des fonctions de la communication ce soir. Saussure n’a rien à voir là-dedans. C’est juste que des détails de même, ça grisaille encore plus mon mois de novembre.
J’ai commencé à assumer mes yeux dans la graisse de bine par défaut, dû au manque de lumière, de sommeil, de temps, ce temps qui me rappelle que je suis un être vivant avec des besoins à satisfaire pour ne pas sombrer dans une rengaine qui dirait d’un ton joyeux « j’ai 22 ans, et je sens déjà que j’ai raté ma vie ».
Mais non, c’est pas si pire que ça, je m’amuse juste à rendre hyperboliques toutes mes émotions. En réalité, j’adore cette période où on se réveille le matin en espérant le petit tapis de neige magique du début de l’hiver, où le sol devient le miroir d’un ciel lourd de flocons. N’essayez pas de m’apprendre quelque chose sur la magie de Noël. Je connais tout de la magie de Noël. Tsé la petite fille née d’une famille artistico-intellectuelle antisociétédeconsommationquinouspourritlavieàNoël, tsé la petite fille qui, encore à 15 ans, insiste pour faire un sapin même si tout le monde s’en fout, c’était moi, ça. Je sais tout de même que mes parents, ils étaient contents que je m’en occupe, de la magie de Noël. Aujourd’hui, ça se traduit autrement, c’est des conversations endiablées, des quiz de connaissance générale qui nous font crier et taper sur la table avec excès, c’est des petites chicanes qui pognent des fois, comme dans toutes les familles, mais qui durent rarement plus qu’une heure.
Et cette impatience de voir poindre de la neige sur l’automne, ça n’a rien à voir avec les claquements de langue des madames qui font la file dans les magasins avec leurs bras pleins de cadeaux qui vont leur permettre, cette année encore, d’avoir la conscience tranquille. C’est une impatience qui ressurgit de l’enfance pure, et on en veut pour le monde entier; grayé comme le sont les enfants, il s’en porterait mieux.
